Revue de presse

Le Monde (Janvier 2006) - Sylvain Siclier : concert Close to Heaven au New Morning

« Count Basie et les Beatles, Gil Evans et Jimi Hendrix, Bob Belden et Prince ou Sting sont quelques exemples, depuis le milieu des années 1960, d'adaptation de rock et de pop par le jazz, en grande ou moyenne formation. Led Zeppelin, héros fondateur du heavy metal, est à son tour convié à cette rencontre par l'Orchestre National de Jazz (ONJ) dirigé pour deux ans, depuis septembre 2005, par le vibraphoniste et compositeur Franck Tortiller.
L'imagerie et la hargne musicale de Led Zep peuvent sembler à des années-lumière du jazz. Pourtant, après quelques minutes du concert donné par l'ONJ Tortiller au New Morning, mercredi 11 janvier, le rapprochement paraît évident, naturel.
Le travail d'arrangement de Tortiller pour ses neuf musiciens y est pour beaucoup. Les accroches rythmiques, les mélodies, Black Dog, The rain song (superbe), Dazed and confused ou Kashmir (autre réussite, en fin de concert) sont là. En citations identifiables, comme couleurs bases aux évolutions des solistes.
Ces derniers ne tentent pas de reproduire les vocalises de Robert Plant et les illuminations guitaristiques de Jimmy Page; ils dessinent de nouveaux contours, en impulsions liées autant au jazz qu'au rock. Dans un même esprit, les batteurs David Pouradier-Duteil et Patrice Héral et le contrebassiste Yves Torchinsky abordent avec souplesse et détermination l'imposante rythmique du Zeppelin
Seul écueil de ce concert, le flottement annonciateur de Stairway to heaven. L'ONJ perd un peu en densité dans une dérive improvisée trop longue. Ce que Led Zeppelin contrôlait avec un art du supense qui reste à retrouver.»

Le Monde (Février 2006)

« Premier disque du nouvel Orchestre National de Jazz (ONJ) dirigé par le vibraphoniste Franck Tortiller, Close to Heaven vient s'ajouter au meilleur de ce qui a été réalisé en matière de reprises de compositions de Led Zeppelin. Black Dog, en version fanfare, Dazed an confused, qui joue sur la part d'improvisation propre à ce morceau, Kashmir ou No Quarter sont d'évidentes réussites. Elles sont dues à l'utilisation croisée des percussions mélodiques (vibraphones, marimba), la part fondamentale prise par les éléments rythmiques (deux batteries), une manière atypique de faire intervenir la section de vents. Un démarrage discographique qui rappelle l'intérêt suscité par les ONJ de Claude Barthélémy et Antoine Hervé.»

Métro (Janvier 2006) - Adrien Cadorel

« Figure emblématique du rock des années 70, Led Zeppelin occupe une place de choix dans la discothèque de chaque mélomane. Au-delà du charisme magnétique de ses membres, Robert Plant et Jimmy Page en tête, les quatre anglais ont su se distinguer comme défricheurs d'idées par le biais de compositions complexes, agrémentées d'une qualité d'improvisation hors normes. C'est à cet héritage sacré que l'Orchestre National de Jazz et sa tête pensante, Franck Tortiller, s'est attaqué à l'occasion de la sortie de Close to Heaven (Harmonia Mundi).
Il fallais oser s'attaquer aux hits de ce groupe phare, et l'essai est réussi avec brio. Ici, les guitares tranchantes de Jimmy Page cèdent la place aux saxophones d'Éric Séva, entouré d'un florilège de percussions. Les plus grands hits sont réorchestrés avec talent, et les arrangements sont un modèle du genre.
Que les puristes se rassurent, l'énergie des œuvres originales est intégralement préservée. C'est d'ailleurs la force de cet album maîtrisé en tout point : un mariage parfait entre l'énergie rock et la fluidité des arrangements jazz, imaginés par le vibraphoniste Franck Tortiller. Une très belle surprise en ce début d'année que la parution de cet opus, à ranger avec plaisir aux côtés des mythiques Led Zeppelin et House of the Holy.»

Jazz Magazine - Robert Latxague

« Pourquoi ? Oui pourquoi un joueur de lames aussi léger s'est-il mis en (tue) tête d'honorer un groupe de métal poids lourd, légende d'un rock de déménageurs de guitares, d'amplis et de grosses caisses ? Et sous quel angle de fantasme, et quelle folle pente de défi a-t-il pu entraîner sa troupe nationale étiquetée AOC jazz ? Au faux prétexte d'aboutir "près du paradis" ? Allez, plutôt que de chercher une explication vaine, écoutez son "Close to heaven". Musique intelligente façonnée par des musiciens habiles à prendre la tangente. Là réside le pari : dans un contexte de musique originellement et spécifiquement électrique, accepter l'opposition de phase c'était jouer l'antithèse. Et le vibra leader de l'ONJ a pigé : face au lourd Led Zeppelin il a parié sur les chevaux légers. Aux roulements énormes de Bonham, aux terribles éclairs courcircuitants de Page, il a substitué la joyeuse monodie du vibra, le tintement clair des cuivres placés en figures de proue. Aussi les soli de ténor ou de trombone portés haut et chaud à bout de doigtés dans un titre qu'on sait puissamment référentiel chez les fans de la génération de Michel Marre (Stairway to heaven) ont-ils une nouvelle mais totale légitimité. Ainsi la texture dominante du groupe anglais _ grosses séquences d'accords, puissance de frappes réitérées, coulées de chants incandescentes _ se trouve-t-elle restituée dans une intensité poussée à fond de curseur : voix _ étonnant Patrice Héral _ percussions, traitements électroniques, effets de synthés, samples éclatent en fusées de feu d'artifice. Pyrotechnie de notes à rapprocher de celles de Gil Evans ou Franck Zappa naguère intéressés au "lourd", eux aussi. De la finesse du ciselé des soli aux effets de masse collatéraux, dans un tout autre registre qu'un banal copier-coller, tendance Led Zep fidèle aux bases mais hors mode l'ONJ aura gagné son pari sur toute la longueur. Une réussite, y'a pas à Tortiller ! »

Sitarmag.com (Janvier 2006) - Jacques Chenel

« A dire vrai, les précédents opus de notre ONJ sous la férule du bouillonnant et brouillonnant Claude Barthélémy ne m'avaient pas totalement convaincu, un peu trop iconauclaste et tape-à-l'oreille pour mon goût, que d'aucuns trouveront peut-être rétro... quoique... et voilà que le nouveau directeur musical de cet orchestre (sans piano, sans guitare, sans chanteur, cuivres et percussions en majorité) de neuf musiciens un invité rend maintenant hommage, ô surprise, à un groupe britannique et mythique de rock des années 70, Led Zeppelin (dans lequel officiait Jimmy Page, Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham)... et la surprise est de taille, plus que bonne, Franck Tortiller relevant le défi en s'appropriant l'univers de ces légendes du rock en signant de singulières adaptations de certains succès pour sa formation (huit titres parmi les plus célèbres plus six compositions originales dont quatre signées par le talentueux et discret vibraphoniste).
Par ce choix, le leader montre à l'évidence l'intérêt qu'il porta et porte toujours à la musique de Led Zeppelin qui, plus que tout autre groupe de ces années-là, s'adonna à l'improvisation au cours de ses concerts work in progress, ou comme on peut l'entendre sur ses disques ; donc, sans trop de nostalgie, Franck Tortiller et ses complices de la même génération s'en donnent à cœur joie, jouent le jeu de la création/récréation avec un total respect dans l'esprit et non dans la lettre, d'où le côté jouissif perceptible dans un exercice souvent périlleux en d'autres occasions
Richesse du travail d'écriture, choix suubtil des couleurs sonores (Chill out, honey drip de F.T.), remarquables interventions des solistes (une mentions particulière pour le tromboniste Jean-Louis Pommier ; Éric Séva plus convaincant que dans le récent album sous sa signature ; les pertinentes ponctuations de Patrice Héral et Xavier Garcia - Before Kashmir...).
L'année 2006 débute bien pour ce nouvel ONJ ; souhaitons lui bon vent et rendez-vous bientôt live pour des concerts et des tournées pleines de promesses déjà tenues.»