Modernités et métissages : l’Orchestre Pasdeloup ravit la Philharmonie de Paris

Bachtrack – 23 février 2016 – Suzanne Lay

L’Orchestre de Cannes, seul et clairsemé sur la scène de la Grande Salle, s’est tout d’abord attelé efficacement aux très belles Danses populaires roumaines de Bartók en guise de mise en bouche. Joli avant-propos de ce concert célébrant avant tout la réunion des musiques populaires et des musiques savantes, ou du moins l’hybridation de sonorités qualifiées un peu vite de « folkloriques » par des compositeurs en recherche d’un langage alternatif.

A la fusion entre la modalité affirmée des airs et l’apparente tonalité de l’harmonisation de Bartók – qu’il n’admit d’ailleurs jamais complètement – ont succédé d’inédites orchestrations de l’opéra Porgy and Bess par le vibraphoniste Franck Tortiller. Si Gershwin souhaitait déjà, en 1930, y célébrer la créativité et la complexité des musiques noires – au risque que sa « négrophilie » quelque peu essentialiste fasse, par la suite, grincer des dents – le trio Tortiller a su y ajouter une touche de jazz plus contemporaine, ainsi que des accents symphoniques tirant vers le postromantisme sur l’impressionnant I loves you Porgy.

Les solos endiablés de Tortiller, d’Yves Torchinsky à la contrebasse et de Patrice Héral à la batterie ont pris soin de ne pas voler la vedette aux deux orchestres en très grande forme. La vraie bonne idée consistant à ne pas forcer les différents pupitres s’échangeant le thème à singer un swing forcé, mais à combiner ces sonorités vibrantes, lyriques, à celle des instrumentistes jazz. Les nombreuses collaborations du trio aux productions de l’Orchestre Pasdeloup – étalées sur près de quinze ans, précisera Franck Tortiller, visiblement ému – ont fait l’objet d’un nouveau disque, Rhapsody in Paris, incluant ces formidables orchestrations, qui fût présenté en fin de concert.

Lire l’article >>